Alors que le flou persiste sur le prix de la poche de sang dans les formations sanitaires du Cameroun, le Dr Ewodo Symphorien monte au créneau pour des éclairages. L’hématologue en service à la Faculté de Médecine et de Sciences Pharmaceutiques de l’université de Dschang décrypte les aléas de la transfusion sanguine au Cameroun.
Que celui qui n’a jamais fait face à une urgence de transfusion sanguine lève le doigt.
C’est ainsi que l’on pourrait lancer l’alerte sur la nécessité d’avoir des banques de sang fournies dans nos formations sanitaires. La triste réalité est que pour un besoin national estimé à 400 000 poches par an, on en est encore qu’autour de 160 000 et plus curieux, les dons bénévoles sont assez rares, obligeant les banques de sang à fonctionner beaucoup plus avec des dons de remplacement. Cette situation n’est pas sans conséquence sur le prix de la poche de sang au Cameroun. Le docteur Ewodo Symphorien, saisissant l’occasion d’une conférence organisée par l’hôpital Catholique Notre Dame de Batseng’la et l’Association des Donneurs Bénévoles de Sang, a tenu à apporter des éclairages sur le don bénévole de sang et le coût de la poche dans les hôpitaux au Cameroun.

L’universitaire spécialisé en hématologie, non sans occulter les pratiques peu orthodoxes qui peuvent exister dans nos hôpitaux au sujet des poches de sang, précise que le sang ne se vend en réalité pas. Des explications de l’enseignant, il en ressort que le prix exigé au patient, qui oscille entre 16 000 et 35 000 FCFA, permet à la formation sanitaire d’amortir les dépenses nécessaires pour qualifier un sang de bon. Il s’agit de la batterie de tests sérologiques qui conditionnent la conservation du sang en question. Outre ces dépenses liées aux examens en Laboratoire, la banque de sang doit fonctionner avec tout son matériel et les dépenses y afférentes. Selon l’universitaire, il faut en moyenne 60 000 FCFA du prélèvement jusqu’à la conservation d’une poche de sang. La somme que le patient débourse selon l’universitaire n’est qu’une contribution à ces charges puisque la formation sanitaire supporte le reste.

Le Cameroun a encore des efforts à faire en matière de transfusion sanguine malgré les récentes avancées. Le Centre National de Transfusion Sanguine créé en février 2019 n’a pas encore atteint sa vitesse de croisière. Le don bénévole de sang bien qu’important, souffre encore des mauvaises étiquettes sociales et de certaines religions. Le premier travail de l’organisme étatique en matière de transfusion sanguine est avant tout la sensibilisation dans une société encore réfractaire au don du sang pourtant bénéfique pour le donneur: « Quand on donne du sang, il ya une réactivation des des cellules qui produisent le sang et qui permet de fabriquer de nouvelles cellules et plus jeunes. Ceci nous donne donc plus de force et on a du sang beaucoup plus aguerri à transporter les gaz respiratoires. Je le dis pour que les gens comprennent qu’en donnant du sang on rajeunit et on a aussi cette grande fierté d’avoir sauvé une vie. » Martèle le Dr Ewodo Symphorien.

Il est également demandé aujourd’hui aux potentiels donneurs de faire attention aux campagnes frauduleuses de don de sang. Le Centre National de Transfusion Sanguine antenne de l’Ouest recommande à la population d’identifier les campagnes légales par la présence d’une formation sanitaire reconnue et de l’encadrement d’un responsable de l’organe étatique en matière de transfusion sanguine au Cameroun.

L’hôpital Catholique Notre Dame de Batseng’la qui dispose d’une banque de sang est très préoccupée par le persistant besoin de sang dont font face les patients. La structure rappelle que sur les 6 derniers mois, 310 poches de sang ont été transfusées, un chiffre encore en déphasage avec la demande sans cesse croissante. En plus des avantages courants du don bénévole de sang tels que le bilan de santé, la structure hospitalière Catholique précise que pour les donneurs réguliers, la consultation en cas de maladie est gratuite et une réduction de 50% pour eux-mêmes ou leurs patients en cas de transfusion sanguine au sein de l’hôpital.

La conférence s’achève avec l’espoir que dans un avenir proche, aucun patient au Cameroun ne périra du fait de l’indisponibilité du sang dans les banques. La conscience de chacun est donc convoquée face à l’urgence.
Article rédigé par Valdo SIEWE.
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